9 nov. 2017

▼ ASKAM #4 - Lettre ouverte pour la journée contre le harcèlement scolaire.

(c) hedrick

Cher toi, 


Je suis un monstre. Ou tout du moins, c'est ce que tu n'arrêtes pas de me répéter quand je passe à côté de toi. Tes amis m'ont aussi surnommé "La moche", "La petite grosse", "La poubelle". Parfois, j'ai droit à d'autres surnoms, parfois j'ai droit à ton indifférence. Ca fait mal d'être ignorée mais je me plais à croire que c'est mieux ça plutôt que d'être ridiculisée devant les autres. Ca fait plusieurs mois que ça dure mais je n'ai pas osé en parler à qui que ce soit parce que c'est gênant. Je ne peux pas dire à mes parents que je n'ai pas d'amis, que personne ne veut s'assoir à côté de moi à la cantine ou que je suis toujours seule à la cour de récréation. Je ne peux pas leur dire que j'ai mal au ventre à l'idée d'aller à l'école, que j'ai peur, que je me sens seule. Si je leur dis, ça sera pire. Mon cauchemar va s'empirer et le peu d'espoir que j'ai pour que tout s'arrange s'envolera en mille morceaux. Parce que tu sais, j'espère encore. J'espère aller à l'école sans cette angoisse permanente, j'espère me faire des amis ou au moins que je puisse me reposer sur une personne avec qui je pourrais affronter le Monde, j'espère encore vivre une enfance normale. Grandir comme tout le monde et gardée mon innocence intact. 

Mais c'est quand même de plus en plus difficile. 

Plus les jours passent et plus ma solitude m'étouffe. Je n'ai personne sur qui compter, personne à qui faire confiance. J'ai essayé plusieurs fois de te donner ma confiance mais tu l'as piétiné sauvagement en te jouant de moi, en me faisant une fois de plus tourner en bourrique avec une de tes blague cruelle. Ca fait mal. J'ai mal. 

Je suis un monstre dis-tu, pourtant... Je suis comme toi : j'ai une tête, un coeur et des émotions. Ne mérité-je pas d'être reconnu comme tel ? Comme un être-humain ? Une personne qui respire et qui est venue sur Terre de la même manière que toi. Peut-être que je t'ai blessé un jour, peut-être pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas si tu fais ça parce que je t'inspire du dégoût ou parce que j'ai heurté tes sentiments sans le faire exprès. J'ai essayé de m'excuser. J'ai essayé de te faire comprendre que je ne méritais pas ton mépris, j'étais prête à tout pour que cet Enfer cesse. Mais une fois de plus, tu n'as pas écouté, tu n'as pas su voir mon malheur, tu as ignoré mes sentiments parce que tu ne les comprends pas. 

J'ai lu dans les journaux que beaucoup d'enfants étaient comme moi et qu'ils mettaient fin à leurs souffrances en se suicidant. Je ne veux pas en arriver là, je ne veux pas quitter ma famille, je ne veux pas baisser les bras parce que j'ai encore la force en moi de me battre et de serrer les dents. Mais j'ai peur, tu sais. Et si un jour, je n'y arrive plus ? Et si un jour, ton acharnement finit par me tuer ? N'y as-tu jamais songé ?

Nous sommes des enfants. Et comme toi, je veux vivre. 
Alors, s'il-te-plait, ne sois plus le monstre qui se cache sous mon lit. Parce que je ne suis pas sûre de réussir à t'affronter une nuit de plus. 

Camille.

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Aujourd'hui, nous sommes le 9 novembre 2017 et d'après mon calendrier c'est la journée de la lutte contre le harcèlement scolaire. Cette date significative a été choisi en 2015 quand le gouvernement s'est rendu compte que les enfants aussi pouvaient être méchants entre eux et qu'il ne fallait pas nécessairement se protéger que des adultes. 

Comme beaucoup parmi vous, j'ai dû faire face au harcèlement scolaire. J'avais onze ans quand c'est arrivé. J'ai dû faire face à l'isolement, les moqueries et les violences. On me poussait, on m'insultait, on m'a même saccagé mes vêtements. Cette lettre que vous avez lu, c'est celle que j'aurais pu écrire quand j'ai subis ce harcèlement. C'était dur, j'étais seule et j'avais peur. 
Le harcèlement peut prendre beaucoup de formes vous savez et peut intervenir pour diverses raisons : handicap, physique différent, vêtements "démodés". Moi, c'est parce que j'ai fais l'erreur de m'alpaguer avec la reine de beauté des sixièmes. Je ne l'ai pas fais exprès, je ne l'ai même pas voulu. Mais à partir de ce jour-là, c'en était terminé de moi. Tout le monde m'a tourné le dos. Des gens qui ne me connaissaient pas se sont mis à m'embêter alors que je ne leur avais jamais rien fais, je ne savais même pas qui ils étaient. 
Le harcèlement peut partir d'un rien. 

A toi qui a lu mon article et te sens concerné parce que tu as été harcelé ou tu l'es actuellement, je te vois, je te sens, je suis là. Pour parler, échanger, te confier.

Mais si tu es harcelée, la meilleure des solutions c'est d'en parler à quelqu'un autour de toi, un adulte qui pourra t'aider et te sortir de cette situation : parent, frère, soeur, CPE, enseignant. N'importe qui. C'est ce que j'ai fini par faire. 
A bout de nerf, un jour j'ai refusé d'aller à l'école et je me suis mise à pleurer des tonnes de larmes quand ma mère m'a demandé ce qui se passait. Elle m'a aidé, m'a protégé et m'a fait sortir de ces longs mois de galère. Maman, si tu passes par là, merci et je t'aime. 
J'étais si jeune et j'avais peur que ça aggrave les choses alors que non. Parler à été un soulagement et mes problèmes ont fini par s'évaporer. N'hésitez jamais à faire appel à un adulte autour de vous, à en parler. Car ce n'est pas normal et ça ne le sera jamais. Tu es normal, tu es beau, tu es un humain et pitié... Ne laisse jamais personne te rabaisser car tu ne le mérites pas. Tu ne le mériteras jamais. Qu'importe ce dont ils t'accusent. 

Un petit message pour ces autres. Ces personnes qui rabaissent, se moquent ou ignorent.

Ne faîtes jamais aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse. 

J'ai grandi avec cette phrase en tête et je l'ai encore aujourd'hui avec moi quand je dois prendre des décisions. 
Voudriez-vous être humilié ? Non. Alors ne le faîtes pas aux autres. 
Voudriez-vous être ignoré si vous avez besoin d'aide ? Non. Alors ne le faîtes pas aux autres. 
Soyez bienveillants, personne ne vous oblige à aimer tout le monde mais personne ne vous oblige à être cruel, méchant et rabaissant. Vous valez mieux que ça : ne soyez pas responsable du malheur de quelqu'un, c'est un lourd fardeau à porter. Surtout si vous êtes si jeunes. Je sais que la majorité, vous ne vous rendez pas compte du mal que vous provoquez. Pour vous, c'est un jeu. Mais il y a bel et bien quelqu'un en face de vous, ce n'est pas un robot, ce n'est pas un être malveillant dénué de sentiments. Ce n'est pas un monstre. Et personne ne mérite d'être harcelé. Personne. 

Je vous souhaite à tous et à toutes une très belle journée. 
Puisse celle-ci servir à quelque chose et sensibiliser le plus possible. 

Love you all,
Cam.